« L'isolement cause ou conséquences de la dépression »

Conférence organisée par France dépression Lorraine et animée par le Dr Jérôme Lerond du centre psychothérapique de Nancy.

La dépression, maladie fréquente et d'origine multifactorielle, a pour conséquence une restriction des relations sociales (familiales, amicales, affectives). Cet isolement consécutif à la maladie constitue un véritable cercle vicieux, car il alimente encore davantage l'état dépressif. Or " l 'homme est un animal social" disait Aristote... Au cours de cette conférence, il sera évoqué les relations à double sens dépression-isolement et les moyens pour y remédier, qui constituent de véritables "antidépresseurs".

 

 

QUAND, OÙ ?

le 14 Mai 2018 à 18h00

Ferme du Charmois Salle Michel Dinet

       2 Rue du Charmois

ORGANISATEUR
France Dépression Lorraine
06.03.89.34.47

Publics concernés :

Seniors

Jeunes / Etudiants (12-25 ans)

INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES
Accès adapté aux personnes à mobilité réduite

Entrée Libre       Par vos dons aidez-nous pour la prise en charge de la dépression 

      

Une conférence bien suivie…

      Le conférencier, après avoir cité, d’entrée de jeu, Aristote, commence par un rappel clinique sur la dépression (beaucoup de gens dans le public viennent pour la première fois). Il rappelle qu’il s’agit d’une pathologie qui touche 15% de la population à un moment de sa vie, deux fois plus de femmes (une femme sur cinq) que d’hommes (alors que 10% de la population masculine seulement est touchée). Pourquoi ? : Les hormones féminines protectrices du cerveau sont davantage « fluctuantes » chez les femmes : cycle menstruel /grossesse/naissance avec le classique baby blues… Elles sont davantage soumises à des agressions sexuelles, sont veuves plus facilement (car elles vivent plus longtemps), enfin sont souvent le noyau de familles monoparentales avec le poids que cela suppose.
Le Docteur rappelle que les trois symptômes de la dépression sont :
1- Une tristesse accompagnée d’absence de plaisir aux tâches qui naguère en procuraient (anhédonie), voire de sentiment de culpabilité et d’angoisse…
2- Un ralentissement psychomoteur avec une difficulté à se concentrer à réfléchir, une fatigue inexpliquée (ou psychasthénie) avec une propension à ne plus vouloir quitter son lit (ou clinophilie).
3- les inappétences sexuelles, troubles de l’appétit et du sommeil. Il faut constater la persistance de ces symptômes au moins trois semaines avant de parler de dépression…
Le Docteur fait ensuite un état des lieux de l’Isolement en France qui atteindrait 12% de la population de plus de 18 ans et concerne surtout les zones rurales (désertification des campagnes, transports difficiles …) : la solitude est en liaison avec départ des enfants de la maison, le chômage, la pauvreté, le veuvage ou le divorce, les maladies chroniques comme le diabète ou l’hypertension, les handicaps, l’ emprisonnement, des pathologies comme l’agoraphobie, ou autres phobies sociales (peur de parler en public, d’acheter, de demander l’heure ).
Comment contrer la solitude, facteur ou conséquence de la dépression ? Demander ce qu’on peut faire pour aider la personne en souffrance, proposer des activités sans les imposer, sans culpabiliser : rester bienveillant et empathique sans sur-réagir ou sembler gêné, ce qui augmenterait les obsessions négatives du solitaire. Parfois un changement de lieu peut être bénéfique, voire une hospitalisation. En tout cas, il faut maintenir, entretenir autour de lui au maximum ses relations sociales …
La neurobiologie explique notre propension à imiter (une mimique, un geste par exemple d’un sportif en action que l’on contemple) en isolant ce qu’on appelle les «neurones miroirs» » Il en va de même pour les sentiments, le processus d’empathie : ces neurones ont besoin d’être activés sans cesse. Les individus qui ont été soumis précocement à de la maltraitance peuvent ne pas développer pas ce penchant à l’empathie, c’est le cas de certains psychopathes). Le développement du commerce en ligne, les relations factices sur les réseaux sociaux, entrainent une aggravation de la solitude : participer à la vie associative, continuer à travailler, développer des relations sociales de qualité, bouger, vivre ses passions plus intensément peuvent au contraire la combattre efficacement.
« La pauvreté la plus terrible est la solitude, le sentiment de ne pas être aimé. » Mère Térésa
En réponse à des questions de la salle : Il y a bien deux types de dépression, réactionnelles (en réponse directe à un événement traumatique) et une autre plus sournoise dite endogène due à des facteurs héréditaires (descendants de déportés/ transmission intergénérationnelles de trauma…) ceci sur des tempéraments plus ou moins « résilients ». La résistance de Dominique Strass-Khan à ce qui aurait détruit un autre est assez remarquable et dépend, bien sûr, de facteurs environnementaux.
La dépression demande six mois de traitement et doit se soigner impérativement : si elle ne l’est pas ou mal, il y a risque de récidive ! La sismothérapie est utilisée en cas de dépression résistante aux médicaments. Il reste qu’il y aura toujours des tempéraments plus ou moins vulnérables par nature (on parle de « vulnérabilité cognitive ») : les uns plus pessimistes qu’optimistes, verre à moitié plein ou à moitié vide : c’est pourtant toujours le même verre !
Nous sommes reconnaissants au Docteur Lerond pour cette mise au point, pleine de modestie et de bienveillance, sur une souffrance qui affecte bien des personnes autour de nous et qui menace chacun de nous, s’il ne fait l’effort, certes coûteux au début, de se tourner vers les autres : c’est la raison d’être de notre association.

 

 Marie-Hélène Prêcheur.